Repenser l’ingénierie culturelle territoriale par les coopérations intersectorielles
Raphaël Besson, expert en socio-économie urbaine et docteur en sciences du territoire (laboratoire PACTE, université de Grenoble). Chercheur associé au laboratoire PACTE-CNRS et co-fondateur du Laboratoire d’usages culture(s)-art-société (LUCAS)
Alors que les collectivités territoriales sont confrontées à des défis sociaux, environnementaux et démocratiques de plus en plus complexes, les politiques culturelles sont appelées à dépasser leurs frontières traditionnelles. Comment faire de la culture un véritable levier de coopération avec les politiques de solidarité, d’éducation, de sport ou encore d’environnement ?
Dans cette étude, Raphaël Besson analyse la démarche engagée par le Département de Seine-et-Marne à travers sa stratégie « Culture, publics et territoires ». Menée avec le Laboratoire LUCAS, cette recherche s’appuie sur une enquête de terrain associant agents départementaux, élus, partenaires et habitants afin d’imaginer une nouvelle ingénierie culturelle fondée sur les coopérations intersectorielles.
L’étude met en évidence cinq grands enseignements.
1. Faire de la culture un point de rencontre entre les politiques publiques
L’enquête révèle que les coopérations entre culture, solidarités, éducation, sport et environnement existent déjà largement. Certaines sont structurées par des conventions ou des dispositifs institutionnels, tandis que d’autres naissent de manière plus informelle à l’initiative des professionnels de terrain.
Ces collaborations montrent que la culture ne constitue pas uniquement une politique sectorielle : elle devient un outil pour favoriser l’inclusion, renforcer les liens sociaux, accompagner la petite enfance, valoriser les patrimoines naturels ou soutenir les parcours éducatifs.
2. Valoriser les coopérations déjà à l’œuvre
L’un des principaux enseignements de l’étude est que de nombreuses initiatives restent invisibles car elles échappent aux cadres institutionnels habituels.
Dans les PMI, les Maisons départementales des solidarités, les collèges ou les structures médico-sociales, des professionnels développent quotidiennement des projets culturels qui répondent à des besoins concrets des habitants : ateliers artistiques, médiation culturelle, actions de lecture, projets patrimoniaux ou partenariats avec les équipements culturels.
L’enjeu n’est donc pas seulement de créer de nouveaux dispositifs, mais aussi de reconnaître, accompagner et rendre visibles ces pratiques existantes.
Forum de co-construction aux Archives départementales de Seine et Marne.
3. Dépasser les logiques de silo
L’étude identifie plusieurs freins au développement des coopérations : cloisonnement des directions, manque de portage politique, absence de temps dédié ou encore difficulté à construire de véritables projets collectifs.
Pour y répondre, plusieurs pistes sont proposées : développer les immersions entre services, créer des instances de co-construction, désigner des coordinateurs de transversalité, renforcer la formation des agents et inscrire ces coopérations dans les feuilles de route des collectivités.
4. Transformer l’ingénierie culturelle territoriale
Au-delà des partenariats, l’étude invite à repenser en profondeur la manière de concevoir les politiques culturelles.
Cinq orientations structurent cette transformation :
- adopter une conception élargie de la culture ;
- placer la culture au cœur des coopérations intersectorielles ;
- s’inscrire dans la perspective des droits culturels ;
- institutionnaliser les coopérations sans les rigidifier ;
- inscrire cette stratégie dans le temps long grâce à une démarche progressive d’expérimentation, d’évaluation et de déploiement.
5. Réaffirmer le rôle stratégique des Départements
En conclusion, cette étude montre que les Départements disposent d’une position particulièrement pertinente pour animer les coopérations territoriales.
Par leur proximité avec les habitants, leur connaissance fine des territoires et leur capacité à faire dialoguer différents champs de politiques publiques, ils peuvent devenir des acteurs majeurs d’une culture du décloisonnement, de l’innovation publique et de la coopération au service des transitions territoriales.